Bannir les groupes extrémistes tient plus du symbolisme politique que d'un contre-terrorisme efficace

Pour la première fois au Royaume-Uni, le gouvernement a décidé d'interdire un groupe de droite néo-nazi appelé Action nationale.

Le 12 décembre, le ministre britannique de l'Intérieur, Amber Rudd, a ordonné au parlement d'interdire ce groupe relativement mineur, qui a attiré l'attention ces derniers mois pour sa glorification de la violence - célébrant notoirement le meurtre du député Jo Cox - et la radicalité de ses messages en ligne.

Comme Amber Rudd l'a déclaré: "Action Nationale est une organisation raciste, antisémite et homophobe qui attise la haine, glorifie la violence et promeut une vile idéologie, et je ne le tolèrerai pas".

L'ordre de bannissement devrait entrer en vigueur le 16 décembre à la suite d'un débat au parlement, qui approuve la demande du ministre de l'Intérieur d'ajouter de nouveaux groupes à la liste britannique.

L'ajout à la liste des organisations proscrites du Royaume-Uni a des implications importantes pour "Action Nationale". C'est une infraction criminelle d'appartenir ou de prétendre appartenir à une telle organisation, et de soutenir, ou solliciter un soutien - financier ou autre - pour un groupe interdit.
Ce fut l'infraction pour laquelle Anjem Choudary a été condamné plus tôt cette année en relation avec l'État islamique. D'autres activités, telles que la participation à des réunions de promotion d'une organisation interdite ou le port de symboles de soutien, sont également interdites.

Avant l'ajout d'Action Nationale, le Royaume-Uni avait interdit au total 84 groupes - dont huit ont été ajoutés depuis le début de 2015 - un chiffre supérieur aux listes similaires en Australie (23), au Canada (54) et aux États-Unis. (61).

Ce pouvoir d'interdire les groupes est largement utilisé dans le monde entier. C'est une pratique qui remonte à l'ancienne loi romaine connue sous le nom de "pouvoir de vie et de mort", à l'époque où des gens ont été déclarés hors-la-loi dans la Pré-Grande-Bretagne.

Organisations nébuleuses

Notre propre recherche a fait valoir que le fait d'interdire des groupes est d'un intérêt discutable pour réduire la menace du terrorisme. Il semble plus intéressant de comprendre les processus par lesquels les politiques notamment utilisent la proscription et la présentent comme un outil essentiel pour accroître la sécurité nationale .

Ce scepticisme se retrouve dans le travail d'autres chercheurs, tels que le juriste Russell Hogg, qui doutent que les groupes terroristes contemporains soient des cibles appropriées pour " le bannissement " parce qu'ils tendent à ne pas exister en tant qu'organisations cohérentes avec une identité fixe et une appartenance identifiable.

Cela pourrait être moins problématique dans le cas d'Action Nationale, qui semble avoir beaucoup d'attributs que l'on peut attendre d'une organisation politique moderne, comme un site Web, un compte de médias sociaux, des branches régionales et une organisation hiérarchisée.

Pourtant, l'histoire des "groupes terroristes", à travers le spectre politique, est peuplée d'exemples de fragmentation et de scissions de groupes, de re-branding et de nouvelles alliances. En tant qu'outil de contre-terrorisme, la proscription est loin d'être efficace pour saisir les transformations rapides des organisations considérées comme " terroristes " .
Et il est, bien sûr, possible que ceux qui sont associés à Action Nationale vont tout simplement maintenant se rallier à d'autres organisations d'extrême droite.

Entrave aux libertés

D'autres préoccupations concernent les implications de la proscription sur les droits et les libertés - en particulier ceux qui sont chers à une société démocratique libérale comme les libertés de parole, d'association, de dissidence et de résistance.
Bien que certains puissent prétendre que ces libertés devraient être limitées dans des circonstances extrêmes telles que la menace de violence, des groupes comme Action Nationale sont souvent interdits non pas pour les violences qu'ils ont commises, mais pour leur "vile idéologie". et parce qu'ils "attisent la haine".

Cette utilisation des pouvoirs antiterroristes pour contrer la liberté d'expression et l'association - souvent avec un examen très limité étant donné que le Parlement approuve habituellement les ordonnances de proscription - suscite des préoccupations importantes pour la vitalité de la démocratie libérale.

Comme l'a noté le député Douglas Hogg lors d'un débat à la Chambre des communes en 2002, qui a mené à l'interdiction des groupes Jemaah Islamiyah, Abu Sayyaf, le Mouvement islamique d'Ouzbékistan et Asbat Al-Ansar:
"Ne perdons jamais de vue le fait que nous restreignons les droits civils et politiques et que nous étendons le droit pénal aux citoyens britanniques qui peuvent ou non être nos électeurs. Il est très facile d'être injuste dans le contexte d'une crise, une urgence ou un terrorisme. "

Cela nous ramène à la question de savoir si la proscription est efficace. Si l'interdiction de groupes comme Action Nationale nous apporte de la sécurité, pourrait-on accepter de mettre en cause les libertés civiles de certaines personnes ?

Le problème, malheureusement, est qu'il n'y a pas beaucoup de preuves pour démontrer l'efficacité des listes de groupes en tant qu'outil de lutte contre le terrorisme. En fait, interdire Action Nationale pourrait même être contre-productif : accroître leur visibilité et leur attrait pour les recrues potentielles.

C'était la crainte exprimée par le gouvernement nigérian avant la décision américaine d'inscrire le groupe Boko Haram en tant qu'organisation terroriste étrangère en 2013.
À la lumière de cela, l'interdiction des organisations telles que Action Nationale a sans doute beaucoup moins à voir avec ces groupes eux-mêmes, ou même avec la sécurité nationale. Au contraire, comme nous l'avons soutenu dans notre recherche, le but est en grande partie symbolique, visant à tracer une ligne de démarcation entre " nous " et " eux ".

La proscription est un moyen pour les politiques de montrer que quelque chose est en train d'être fait. C'est une façon de démontrer qu'il y a une différence frappante d'une part entre des États libéraux, ouverts et responsables comme le Royaume-Uni, et des terroristes totalitaires et irrationnels de l'autre.

Si tel est le cas, l'efficacité de l'interdiction d' Action Nationale pourrait être beaucoup moins importante que la communication d'un message selon lequel des groupes comme celui-ci ne sont pas les bienvenus dans la société britannique contemporaine.




Auteur: Odile Smadja
Date de Publication: 2016-12-15






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